18 août 2005

La part des anges

Au Musée d'Art et d'Histoire de Cognac, une exposition contemporaine occupe une salle du musée sous le titre de " Extra-ball".
Ce titre un peu énigmatique évoque, je suppose, la bille gratuite qu'offre le billard électrique lors d'une partie gagnante.
Sont présentés : Martin BARRE,Simon HANTAI, Sol LEWITT, Jean-François MAURIGE, Vera MOLNAR, François MORELLET, Olivier MOSSET,François RISTORI,Georges Tony STOLL.
Dans le contexte général du musée, où sont conservées de nombreuses œuvres provenant de dons de familles liées à l'activité commerciale du cognac (peintures des écoles du Nord suite aux liens historiques entre la Charente et les Pays-Bas), cette exposition contemporaine arrive un peu comme un O.V.N.I. En outre, les murs de la salle couverts d'une sorte de papier peint Matisséen proposent une curieuse concurrence avec les œuvres plus habituées à la blancheur des cimaises.
L'extrême légèreté des toiles de Vera MOLNAR ou de François MORELLET, l'ascétisme des œuvres de François RISTORI ou d'Olivier MOSSET semblent planer au-dessus de cet univers chargé d'histoire du musée. On apprend, dans la visite du musée des arts du cognac, que dans les fûts, la partie du précieux liquide qui s'évapore s'appelle "la part des anges". Voilà bien le titre que j'aurais donné à l'exposition de nos peintres contemporains.

 

Claude Guibert 

 

 

11 août 2005

Les vacances de Monsieur Viallat

A la médiathèque Benjamin-Rabier , à La Roche sur Yon, une exposition est consacrée à Claude Viallat pendant ces mois d'été.
Le travail du peintre est bien connu et Claude Viallat poursuit son chemin entamé il y a une trentaine d'années. Peut-on dire pour autant : "Rien de nouveau sous le soleil ?" . Je crois que non. En effet, par cette belle journée d'été baignée de soleil et de chaleur, j'ai eu l'impression d'assister, à la médiathèque de La Roche sur Yon aux "Vacances de Monsieur Viallat". Il n'y a rien de péjoratif ni d'irrévérencieux dans cette formule empruntée à Jacques Tati.
Claude Viallat, on le sait, a travaillé sur de nombreux supports, le plus souvent des morceaux de tissus de nature différente ( dentelle, bâche, drap, et c…), jouant à l'infini sur ces divers matériaux.
Dans les œuvres récentes exposées ici, c'est la toile entière de parasol et la tente de camping complète également qui servent de support (et de surface !) à son questionnement continu sur la peinture. Le support n'est plus un fragment ou un assemblage de fragments anonymes. L'objet est identifiable clairement et ajoute un sens à l'exposition. Pour un peu, j'attendais le ballon de plage et la bouée "Viallat".
Je prends donc date avec curiosité pour suivre les aventures de Claude Viallat, toujours surpris de ne le voir jamais se répéter.

Claude Guibert

Exposition Claude Viallat Médiathèque Benjamin-Rabier , Esplanade Jeannie-Mazurelle, LA ROCHE SUR YON (85)

13 juin 2005

Salon de mai 2005

Le 26 mai dernier s'est ouvert le salon de mai. Jusque là, tout est normal.
Ce qui l'est moins, c'est que ce salon, qui en est à son 57 eme vernissage, peine à trouver sa place depuis quelques années.
Le malaise s'exprime déjà par la difficulté à se stabiliser dans un lieu.Il y a trente ans, l'esplanade du Trocadéro offrait un lieu valorisant, spacieux.Depuis quelques années, le salon est nomade, se posant dans des lieux divers , plus ou moins appropriés. Cette année, il s'est posé dans les Espaces Commines dans le troisième arrondissement de Paris; l'espace semble rétrécir d'année en année.
Il est possible également que le salon ait du mal à trouver sa place dans l'espace artistique; le regard des institutions a changé. La peinture n'impose plus sa prédominance passée.
Ce ne sont pourtant pas les artistes de qualité qui font défaut.
Mais la joyeuse liberté d'exposer depuis tant d'années semble souffrir d'un manque de lisibilité.
CREMONINI ou CHRISTOFOROU, RUSTIN ou WEISS occuperaient facilement une salle chacun. Je sais, ce n'est pas le principe.
Pourtant , au salon de Mai, il y a un mais: peut-on encore exposer ainsi , pour qui ?
Je ne pose pas la question pour peiner les organisateurs, qui sont les artistes eux-mêmes.
Je m' interroge seulement sur le temps qui passe et qui veillit aussi la façon d'exposer.

 

Claude Guibert 

11 juin 2005

Hasard et conséquences

retour à l'encyclopédie

Dans les salles contemporaines du musée d'art moderne de CERET, une oeuvre de Claude Viallat mérite une attention particulière. Il s'agit d'une toile sur chassis, sans titre , de 1966.
Ce Viallat là n'est pas un Viallat commes les autres.La forme , souvent abusivement décrite comme "haricot", reprise dans son oeuvre sous tous les aspects, avec tous matériaux, couleurs, impression... est absente; vraisemblablement , l'oeuvre doit précédér cet "accident" que l'artiste me décrivait lors de son entretien pour l'Encyclopédie.
Viallat m'avait expliqué comment le fait d'avoir laissé tremper une nuit une éponge dans un seau d'eau de javel trop concentrée avait été à l'origine de l'utilisation de la forme devenue le signe reconnaissable de son travail, sa marque.
Cette petite cause avec ses grands effets donne un éclairage singulier sur l'avancée de la production artistique. Parfois un accident, une erreur peuvent être à l'origine de grandes découvertes scientifiques. Là, en 1966,1967, on ne sait pas encore que le véritable début de ce qui deviendra "Supports/surfaces" germe dans les ateliers du midi de la France mais aussi ailleurs en France.
On parlerait peut-être de hasard, mais après avoir posé la question du hasard à plus de trois cent artistes, j'en suis venu à croire , comme me le disait Olivier DEBRE que "le hasard n'est pas très hasardeux".

 

Claude Guibert 

18 avril 2005

Odeur de sainteté

retour à l'Encyclopédie

 

Au Centre Pompidou, dans le Musée national d’art contemporain, un espace est réservé à Daniel Pommereulle . Dans cet espace,hormis les tableaux sur les murs,  seules deux œuvres sont placées sur le sol : un rouleau de fil de fer barbelé peint en bleu et son célèbre « Toboggan » de 1974 en marbre et acier.

Cela pourrait sembler peu et laisser l’espace vide.

Pourtant, les œuvres de Daniel Pommereulle, comme toujours, irradient l’espace alentours. Il s’en faudrait de peu pour que le service de sécurité du musée place des barrières de protection autour des  œuvres. J’imagine que cette idée aurait plu à l’artiste toujours friand de poser un regard iconoclaste sur les institutions.

Nous mettant toujours en danger avec la réalité de ses œuvres, Daniel Pommereulle,

fut classé comme " objecteur ". Lors de l’entretien avec lui pour l’Encyclopédie, je rencontrai un artiste désabusé qui semblait souffrir d’un oubli du moment alors que son œuvre annonçait si bien le développement d’un art « relationnel ».
Si cette salle du Centre Pompidou replace Daniel
Pommereulle en odeur de sainteté , nul doute qu’il aura eu à cœur de se confectionner un auréole en barbelés.

 

Claude Guibert 

17 avril 2005

Gun Crazy

Retour à l'Encyclopédie .
 
Lors de son témoignage sur son itinéraire artistique pour l’Encyclopédie, Jacques Monory me disait : « Au fond, quand j’ai envie de me faire plaisir, je peins un revolver…Alors, pourquoi je me priverais ? » En effet, Jacques Monory ne s’en est pas privé. L’exposition qui s’ouvre à la galerie Laurent Strouk à Paris ne dément pas ce penchant de l’artiste. Dans cette exposition intitulée « Couleur », Jacques Monorypoursuit son rêve ou plutôt son cauchemar. Au passage, il évoque le cauchemar rencontré par d’autres. Dans un tableau, l’affiche de « Gun Crazy », film américain de 1949 est mise en situation. L’histoire du héros Bart Tare a dû fasciner le peintre : Bart Tare a toujours été subjugué par les armes à feu. À l'âge de sept ans , il est envoyé en maison de redressement, pour avoir tenté de dévaliser une armurerie... Dans une fête foraine, impressionné par une tireuse d'élite, Annie Laurie Starr, vedette d'un show western. il relève le défi qu'elle a lancé au public et le gagne. Annie et Bart tombent amoureux l'un de l'autre. Le couple se retrouve sans travail et sans argent. Il monte un premier hold-up, suivi de vols de banques et de magasins. Après plusieurs mois de cette vie violente et hors la loi, Annie et Bart projettent de voler la paie d'une usine et de s'enfuir au Mexique…. Ce « Bonnie and Clyde » avant la lettre n’arrive donc pas par hasard dans un tableau de Jacques Monory. Et si l’exposition s’appelle « Couleur » , ce qui nous reste en est bien l’image d’un polar noir. . .
 
Claude Guibert
 
Gun_crazy copyright Logsc9
 

11 avril 2005

" Et cetera, c'est adéquat"

retour à l'Encyclopédie

A la galerie ARTCURIAL à Paris, Joël DUCORROY expose ses œuvres « Editions 1983-2005.
Lorsque, étudiant, il fréquentait les galeries et les musées, Joël  DUCORROY cherchait sa voie, le moyen de trouver son identité dans l’art contemporain. Lors d’une signature d’un livre par Serge GAINSBOURG, il se retrouve seul avec l’auteur et exprime ses préoccupations.
Il échange quelques paroles fatécieuses du genre " Et cetera, c'est adéquat".
L’idée de Joël DUCCOROY fut de demander dans un grand magasin de graver cette phrase sur une plaque minéralogique.Cet Euréka marqua le début de son itinéraire d’ « artiste plaqueticien » comme il aime se présenter. Ces plaques minéralogiques sont devenues à la fois le mode de désignation de tous les aspects de l’œuvre et l’oeuvre elle-même.« Reproduction d’une œuvre » est une plaque minéralogique désignant son objet et devenant œuvre.  Tout y passe.«  Signature »,  « Gravure », «  Palette » et c…

Et lorsque Joël DUCORROY propose, toujours sur le même mode « Tableau de famille reçu en héritage », je rêve de voir cette œuvre, dans trente ans….transmise en héritage.

Le temps aura fait  passer l’œuvre du second degré au premier degré !

 

Claude Guibert