12 mars 2008
Jean-Marie Barre
Jean-Marie Barre est peintre .Sa peinture relève de la figuration. Le terme d’hyperréalisme revient parfois dans les commentaires.
Une fois posé cet énoncé, le problème reste entier. Pourquoi parler de problème ? Parce que l’artiste, face à la caméra, s’interroge beaucoup sur sa situation de peintre ; il s’interroge beaucoup sur la nature de sa figuration ; il s’interroge beaucoup sur l’avenir.
Bien sûr , on peut déjà refermer la porte de l’hyperréalisme.
Bien loin de l’univers glacé des hyperréalistes américains, Jean-Marie Barre nous invite à partager des moments privilégiés. Car c’est bien de temps qu’il s’agit dans ses tableaux.
Le mot tableau, d’ailleurs, ne désigne plus, à mon sens, le support de son travail ; il s’agit du tableau d’une pièce de théâtre ; il pourrait s’agir, encore mieux, d’un film.
Entre Resnais et Rohmer, voire Jean-Daniel Pollet, Jean-Marie Barre est un cinéaste de ces temps suspendus, de ces instants privilégiés, de ces moments éphémères pourtant ineffaçables. Michel Seuphor avait écrit une pièce de théâtre « l’éphémère est éternel ».
Je crois bien que la peinture de Jean-Marie Barre participe de cet éphémère là.
Plutôt que de tableau, c’est de séquence qu’il s’agit. La caméra est engagée dans un lent travelling, une voix off participe au plan. Le lieu est habité même si les personnages ont quitté discrètement le cadre.
Le peintre y a vu peut-être autre chose. Mais son œuvre ne lui appartient pas. Elle appartient à chacun de nous.
Claude Guibert
La page de catalogue de Jean-Marie Barre
http://imagoart.club.fr/barre.htm
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29 mai 2007
Alain Satié
Alain Satié est un artiste lettriste, comme Roland Sabatier. Alain Satié et Roland Sabatier sont tous deux nés à Toulouse. Ces deux artistes ont un autre point commun remarquable: ils ont la même voix. Rien d'étonnant à tout cela: ils sont frères. Mais pour éviter, je suppose, toute confusion, leurs noms d'artistes diffèrent.
Malgré tant de points communs, Alain Satié et Roland Sabatier ont tracé chacun un chemin personnel dans le lettrisme.
Avec cette même voix grave, Alain Satié témoigne, comme son frère, sur les difficultés auxquelles sont confrontés les artistes lettristes. Comme son frère encore, il porte la conviction de l'importance historique de ce mouvement.
La cohésion du groupe, la vocation "encombrante" du lettrisme sur tous les terrains autorisent une question: Comment la démarche individuelle peut-elle s'exprimer dans ce contexte ?
La preuve la plus manifeste est peut-être justement celle que nous donnent ces deux artistes si proches dans leur choix artistique et si proches par leur lien familial:
Alain Satié et Roland Sabatier ont créé des œuvres multiples, variées et différentes. Les deux artistes à la même voix ont chacun trouvé leur voie.
08:36 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
28 mai 2007
Roland Sabatier
Roland Sabatier appartient à ce que l'on pourrait appeler la deuxième génération des artistes lettristes, comparée à celle du fondateur Isidore Isou où Maurice Lemaître. Il entraîne avec lui un petit groupe d'artistes dont le moins que l'on puisse dire est qu'il ont une conviction inoxydable pour le mouvement lettriste. Recevant Roland Sabatier pour l'entretien vidéo de l'encyclopédie, je fais connaissance avec un homme à la silhouette de Rock Star anglaise, lunettes noires comprises. Dans l'histoire agitée des lettristes, parmi les artistes qui ont participé à cette aventure turbulente, Roland Sabatier a beaucoup donné, s'est beaucoup démené pour la suite du mouvement. Je pouvais m'attendre à affronter un félin indocile, prêt à lancer quelques coups de griffes. Bien au contraire, l'artiste est affable, calme, paisible. Pour autant le discours n'a rien perdu de son enthousiasme, de son ambition. Le lettrisme vu par les lettristes n'a rien à voir avec le lettrisme vu par les autres. D' ailleurs quels autres ? Pour le moins, on peut s'étonner du silence assourdissant ( en France) qui accompagne ,si l'on peut dire,le mouvement lettriste. Où trouve-t-on , chez les critiques reconnus, l'évocation de ce mouvement ? Dans combien d'ouvrages historiques sur l'art ce mouvement est-il évoqué ? Ou voit-on, en France, des expositions sur les artistes lettristes ? Roland Sabatier, habitué à cette situation, tempère mon étonnement. Sa mesure est celle de l'histoire, cette histoire ingrate qui laisse sur le bord de la route des artistes sincères, vivre au quotidien cette indifférence avant de les retrouver plus tard, mais quand ?
11:55 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27 mai 2007
Michel Verjux
Chaque entretien vidéo pour l'Encyclopédie présente ses propres dominantes, tenant ,bien sûr, à la personnalité de l'artiste. Celui que Michel Verjux accepte de nous consacrer offre un aspect majeur: l'artiste veut frénétiquement tout nous dire, tout expliciter, tout enchaîner, justifier, lier … Cet homme qui a beaucoup lu a le souci de restituer dans cet entretien tout ce qui légitime une œuvre, à contrario, brillante par sa forme épurée, son évidence et son apparente simplicité. Science économique, bandes dessinées, arts plastiques, poésie, théâtre, Michel Verjux a beaucoup expérimenté, beaucoup appris. Depuis plus de vingt ans, l'artiste a mis en œuvre un procédé rigoureux, fait de lumière: De 1983 à 1985, premières utilisations de l'éclairage avec des projecteurs de diapositives. Interposition d'objets entre la source lumineuse et le fond ( fils à plomb, assemblages de tables). 1986 Premiers éclairages de l'espace sans objet ou obstacle entre le point de fuite et le plan, lors de l'exposition Lumière à Montréal. A partir de 1986, les projecteurs à découpe sont privilégiés. 1991 Premiers éclairages "hors les murs" lors de l'exposition Tabula rasa à Bienne en Suisse. Dans son appartement-atelier parisien je retrouve Michel Verjux au pied de ce mur couvert de tous les livres qu'il a voulu nous restituer dans l'entretien vidéo. Cette faim de lecture est loin d'être assouvie. Michel Verjux va poursuivre avec frénésie ce besoin de découverte pour mieux nous éclairer.
09:40 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26 mai 2007
Jean-Paul Albinet
Le début de l'itinéraire artistique de Jean-Paul Albinet s'identifie à celui du groupe Untel.
Cofondateur du groupe avec Philippe Cazal et Alain Snyers, il participe à l'aventure de ce groupe qui, de 1975 à 1980, réalise de nombreuses expositions et manifestations en France.
Le regard porté par le groupe Untel sur la société son temps en ce début des années Soixante dix a gardé toute son actualité et toute son acuité.
Mais l'histoire récente des groupes d'artistes montre que les aventures collectives ne durent qu'un temps. Chacun de ces artistes aura ainsi à poursuivre son chemin propre.
Pour Jean-Paul Albinet, après quelques recherches diverses, c'est un remarquable signe du temps qui devient le support de son travail : le code-barre !
Ce choix ne doit rien au hasard. Jean-Paul Albinet explique comment ce code-barre constitue le premier signe de la mondialisation.
A la fois symbole graphique et symbole économique, ce code-barre devient, chez cet artiste, le moyen de décliner sur le plan et en volume toute une série d'œuvres.
On peut remarquer à quel point ce développement personnel de l'œuvre s'inscrit très logiquement dans le prolongement de l'expérience collective du groupe Untel qui avait su nous faire regarder autrement la vie quotidienne en milieu urbain.
Jean-Paul Albinet , dans sa position d'artiste, nous montre ce que nous ne voyons plus depuis longtemps : comment un petit symbole technique tellement banal dans notre quotidien révèle l'uniformisation des échanges et l'emprise de la société marchande sur toute la planète.
Jean-Paul Albinet dans l'Encyclopédie
10:05 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25 mai 2007
Jean-Jacques Lebel
Il serait vain de vouloir enfermer Jean-Jacques Lebel dans une image réductrice, celle pourtant qui le poursuit depuis plus de quarante ans , cette image où, lors des manifestations de mai 1968, il porte sur ses épaules une jeune femme tenant à bout de bras l'étendard de la révolte. Cette image a fait le tour du monde et on s'étonne de ne pas trouver la statue de ce couple immortalisé dans le bronze comme témoignage de ce moment d'histoire.
Mais Jean-Jacques Lebel est avant tout homme de liberté et cette vision emblématique il la verrait plutôt érigée en chocolat pour mieux la dévorer.
L'itinéraire de l'artiste manifeste à chaque moment ce besoin de liberté, cette volonté farouche d'échapper aux catégories, aux classifications .
Baigné dans l'art dès sa jeunesse, Jean-Jacques Lebel a fréquenté de nombreux artistes dont Marcel Duchamp . Inlassablement , Lebel a transgressé les pratiques artistiques.
Il est l'auteur, en 1960, à Venise, de "L' Enterrement de la Chose", le premier happening européen. Il publie, sur le mouvement des happenings à travers le monde, le premier essai critique en français. À partir de cette date, il produit plus de soixante-dix happenings, performances et actions, sur plusieurs continents, parallèlement à ses activités picturales, poétiques et politiques.
Ce besoin permanent de nous montrer que l'art et la vie ne doivent faire qu'un , cette révolte viscérale contre ce qui pourrait apparaître comme un métier, voilà ce que Jean Jacques Lebel ne cesse d'agiter.
Pour l'entretien vidéo qu'il accepte pour l'Encyclopédie, nous arrivons ensemble à pied au studio de Montreuil sous Bois. Nous croisons la rue de Révolution. Jean-Jacques Lebel, hilare, réclame que je le prenne en photo le poing levé devant la plaque de la rue. Le happening continue…
15:50 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06 avril 2007
Niele Toroni
Si le peintre François Morellet se décrit comme « rigoureux-rigolard » , on peut sans grand risque d’erreur, appliquer cette même formule au peintre Niele Toroni.
Artiste Suisse vivant en France, Niele Toroni fut difficile à convaincre pour prendre le chemin du studio d’enregistrement vidéo. Pour tout dire, il s’était passé plusieurs années entre la première tentative, infructueuse, et la seconde en 2006.
Niele Toroni aborde l’entretien avec une grande décontraction , prenant tout avec beaucoup de recul. C’est bien le versant « rigolard » de la formule évoquée qui se manifeste à ce moment.
Mais l’aspect « rigoureux » existe bien. Niele Toroni , lors du montage de son module vidéo, ne laisse rien au hasard. Il est précis, minutieux, attentif, voire exigeant. Loin de l’apparente distance lors du tournage, c’est bien la démarche rigoureuse de cette artiste qui fait l’objet de toutes les attentions.
Il n’est ni banal ni facile de consacrer quarante ans de son travail à l ’exigeante démarche qui consiste à poser des « Empreintes de pinceau n°50 répétées à intervalles réguliers de 30 cm. ».
Niele Toroni passe très vite sur la moment collectif de BMPT, où il se retrouva en 1967 avec Buren, Parmentier et Mosset.
Depuis quarante ans, Niele Toroni assume seul , entre rigueur et jeu, cette implacable interrogation sur la peinture.
Claude Guibert
10:05 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02 avril 2007
Zao Wou Ki
La venue d’un peintre de la valeur et de la notoriété de ZAO WOU KI constituait un évènement dans l’histoire de l’investigation vidéo entreprise pour l’encyclopédie.
A titre personnel, cette visite représentait une chance et une grande satisfaction. Elle générait, également, un peu d’appréhension.
Ce sentiment se dissipa immédiatement lorsque le peintre s’installa pour notre entretien.
ZAO WOU KI se montra simple et affable. Ces qualités se vérifièrent lors de la visite à son atelier parisien.
Pour autant, le grand peintre ne s’exprime pas comme un tribun. On l’imagine mal en campagne électorale. Si sa peinture est celle de l’espace, si ses tableaux sont volontiers de très grandes dimensions, ses phrases sont courtes, son discours empreint d’une certaine timidité.
Son œuvre a été décrite par des écrivains réputés ; le peintre, lui, témoigne avec humilité sur ce qui représente, en fait, un itinéraire exemplaire. La rétrospective sur son œuvre à la galerie du Jeu de Paume à Paris en 2003 (dernière exposition de peinture au Jeu de Paume) connut un grand succès. Cette exposition magnifique donna la mesure de son œuvre, de son cheminement, de son élévation vers un paysagisme abstrait dont il est un des représentants les plus remarquables.
ZAO WOUKI quitta notre studio le sourire aux lèvres comme il était venu.
Le hasard des rendez-vous et du calendrier voulut que le peintre nous rende visite, en ce mois de février 1996, le jour du Nouvel An chinois.
11:35 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Robert Wogensky
Le nom de WOGENSKY, s’il est bien connu dans le domaine artistique, est d’abord associé à celui de l’architecte André WOGENSKY, élève de LE CORBUSIER et qui a écrit son chemin propre pendant toute une vie consacrée à une approche personnelle de l’architecture.
Robert WOGENSKY est le frère cadet de l’architecte et son destin n’a pas échappé à la voie artistique. L’ombre du grand frère a peut-être été encombrante pour le cadet. Mais Robert WOGENSKY a su créer son identité.
C’est la peinture qui sera son fil rouge. Pour autant, le peintre s’est vite confronté aux applications de l’œuvre peint dans des domaines parallèles : décor de théâtre et surtout la tapisserie. Cette aventure murale a donné naissance à une impressionnante série d’œuvres tissées, chemin commencé en 1945 et développé pendant un demi-siècle. Les thèmes abordés sont ceux des éléments : les eaux, les constellations, les feux.
Nombre d’établissements publics ont accueilli ses œuvres.
Et s’il est question d’éléments, il faut signaler comment l’œuvre du peintre évolue sur cinquante ans. Robert WOGENSKY, au fil des ans, tend vers une peinture qui va à l’essentiel, vers une abstraction où la forme et la couleur sont confrontées comme pour revenir à MATISSE, comme pour ouvrir encore une fois cette fenêtre sur la peinture.
Robert WOGENSKY nous dit « peindre, c’est tenter d’arracher le voile ».
11:33 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
André Wogensky
retour à l'Encyclopédie
La présence de l'architecte André WOGENSCKY peut apparaître comme une exception au sein de l'Encyclopédie. En effet, aucun autre architecte n'est présent en tant que tel dans ce projet (même si certains plasticiens ont pu avoir une formation d'architecte).Lorsque le sculpteur Marta PAN accepta de figurer dans l'Encyclopédie, je rencontrai, à cette occasion, son mari, l'architecte André WOGENSCKY.Je n'ignorais pas que son frère cadet Robert était peintre. Ce dernier participa ultérieurement à notre projet. Par ailleurs, les oeuvres de Marta PAN et d’André WOGENSCKY se croisèrent souvent, les sculptures s'intégrant à l'architecture.Aussi, le témoignage de l'architecte s'avérait pleinement justifié et légitime au sein de l'Encyclopédie.A 82 ans lors de l'entretien vidéo, l'homme, à l'allure très droite, était animé par la passion de son métier. Celui qui avait été l'assistant puis le collaborateur de Le CORBUSIER gardait présente cette énergie qui avait dû être tellement nécessaire tout au long de sa vie pour convaincre.Le mot de ferveur me vient à l'esprit quand je songe au discours qu'il avait prononcé lors de sa réception à l'Académie des Beaux-arts le 16 décembre 1998. Ce qui aurait pu être un exercice convenu et fastidieux s'était révélé un hymne à la vie Il avait prouvé, ce jour là, que l'Académie pouvait être vivante.
11:32 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



